Intégrité de la pensée, de la parole et de l’action

Intégrité de la pensée, de la parole et de l’action

Les communautés, les relations, et tout particulièrement les relations entre enseignants et élèves, reposent sur la confiance.

La confiance ne s’établit pas par la gentillesse, les cadeaux, les compliments, les apparences, le charme ou les manifestations d’affection. Elle se construit grâce à l’intégrité.

Dans la tradition zoroastrienne, l’intégrité se mesure au degré de cohérence entre la pensée, la parole et l’action. La confiance se développe lorsque ces éléments sont alignés ; elle commence à s’éroder lorsqu’ils s’orientent dans des directions différentes.

Le questionnement, l’investigation, le désaccord et l’esprit critique sont sains et nécessaires. Les élèves doivent se sentir libres de poser des questions, de remettre en cause des idées, de demander des précisions et de porter leur propre jugement sur les enseignants, les enseignements et les méthodes.

Ce qui mine la confiance, ce n’est pas le désaccord. C’est l’absence d’intégrité.

Une personne qui s’exprime avec respect en présence d’autrui, mais qui tient un discours différent en son absence, manque de cohérence. Celui qui se préoccupe constamment des affaires d’autrui, au détriment de sa propre évolution — y consacrant une énergie et une attention qui lui font alors défaut —, finit par disperser son attention et affaiblir sa capacité à se cultiver soi-même.

If concerns exist, they should be addressed directly and transparently with the person involved. Learning environments depend upon honesty, clarity, and the courage to communicate openly.

De même, l’apprentissage exige de la confiance, du respect et de la réceptivité. Il ne requiert pas une obéissance aveugle, mais il exige de la cohérence. Si vous estimez sincèrement qu’un enseignant manque d’intégrité, de compétence, de connaissances ou de caractère, vous devriez avoir le courage d’exprimer ouvertement vos préoccupations ou de chercher conseil ailleurs.

Étudiez auprès d’enseignants que vous respectez. Apprenez de personnes dont vous appréciez sincèrement les connaissances, l’expérience et le caractère. Soyez reconnaissants pour ce qu’elles ont à offrir, tout en restant libres de faire preuve d’esprit critique, de poser des questions et de prendre vos propres décisions.

Selon la perspective de la médecine chinoise du *Neijing*, le manque d’intégrité et de cohérence ne relève pas seulement de l’étiquette ou de la morale. Ces phénomènes reflètent une perturbation dans la relation entre le Cœur et le Foie.

Le Cœur abrite le Shen. Le Shen est souvent traduit par esprit, mais il désigne plus largement notre être intérieur.
une capacité de prise de conscience, de présence, de perception, de discernement, de sincérité, et de conscience elle-même. Elle se reflète dans l’éclat du regard, la qualité de notre attention et notre aptitude à percevoir la réalité avec clarté, plutôt qu’à travers des projections, des fantasmes ou des suppositions.

Le Foie abrite le Hun, souvent traduit par l’Âme Éthérée. Le Hun confère à une personne une vision.
orientation, planification, aspiration et capacité à progresser vers un avenir qui a du sens. Cela procure un sentiment de finalité et une orientation qui aident à organiser l’attention et l’action.

Lorsque le Shen est clair et le Hun fort, l’attention d’une personne se recentre naturellement sur sa propre vie.
leur propre développement, leurs propres responsabilités et leur propre chemin. Ils disposent d’un espace porteur de sens où investir leur énergie. Leurs paroles reflètent ce qu’ils pensent sincèrement. Leurs actions
reflètent ce qu’ils croient sincèrement. La pensée, la parole et l’action deviennent cohérentes.

Lorsque cette relation est perturbée, l’attention commence à vagabonder. Si le *Shen* manque de clarté et que le *Hun* manque d’orientation, l’attention devient désorganisée et mal orientée. Au lieu de se consacrer à son propre travail de culture intérieure, elle se laisse fasciner par les affaires d’autrui. La curiosité se transforme en intrusion ; l’observation, en spéculation ; le discernement, en jugement. L’attention se trouve alors attirée par des histoires, des rumeurs, des questions d’ordre privé et la vie de personnes absentes.

Parallèlement, une absence d’orientation engendre souvent un manque de franchise. Des préoccupations qui pourraient être abordées ouvertement sont discutées ailleurs. On affiche un visage en public, et un autre en privé.
La parole ne reflète plus ce qui est réellement présent dans le Cœur. L’énergie qui pourrait servir à améliorer sa propre existence se trouve investie dans la discussion, l’analyse et la gestion de la vie d’autrui.

Pour cette raison, les commérages, le fait de bâtir ou de nuire à une réputation, la fascination pour la vie privée d’autrui, ainsi que le fait de tenir des propos différents selon que la personne concernée est présente ou absente, ne relèvent pas seulement de la morale ou de l’éthique. Ce sont les signes que l’attention a perdu son orientation juste. Ils témoignent d’une fragmentation de l’attention, du caractère et de l’orientation de vie. Le *Shen* s’est éparpillé, le *Hun* a perdu le cap, et l’énergie s’est dispersée vers l’extérieur au lieu d’être canalisée vers son propre développement.

Un cœur et un foie sains permettent à une personne de rester sincère, directe et bien orientée.
L’attention revient naturellement vers leur propre pratique, leurs propres responsabilités et leur propre chemin. Leurs paroles reflètent ce qu’ils pensent et ressentent réellement, plutôt que de varier en fonction de leur entourage. Ils consacrent leur énergie à leur propre développement, plutôt que de se préoccuper de la vie d’autrui.

Dans le yoga, ce même principe se reflète dans la pratique du Pratyāhāra. Souvent traduit par « retrait des sens », le Pratyāhāra désigne la capacité à conserver la maîtrise de son attention, plutôt que de la laisser être constamment attirée vers l’extérieur par des distractions, des impulsions, des récits ou des objets de fascination.

La personne qui se préoccupe des affaires d’autrui en dehors du shala est souvent celle dont l’attention, sur le tapis, s’égare constamment vers les autres durant la pratique des āsanas. Au lieu de rester absorbée par sa propre expérience, elle se focalise sur ce que font les autres. Qui est absent ? Qui progresse ? Qui est en difficulté ? Qui est enceinte ? Qui fréquente qui ? Pourquoi l’enseignant a-t-il dit ceci à une personne plutôt qu’à une autre ?

L’observation se transforme rapidement en supposition. La supposition devient une projection. Un élève semble fatigué, et voilà qu’une histoire se construit. Un enseignant paraît réservé, et là encore, une histoire se crée. On dispose de très peu d’éléments, et pourtant, des conclusions sont tirées avec une grande assurance.

Cette orientation constante vers l’extérieur disperse l’attention. Au lieu d’aborder la réalité directement, l’esprit s’occupe à interpréter, à analyser et à élaborer des récits sur la vie d’autrui.

L’attention est l’une de nos ressources les plus précieuses. Tout ce qui occupe de manière répétée notre attention façonne progressivement nos pensées, nos émotions, nos habitudes et notre caractère. Le caractère influence les choix que nous faisons, et ces choix déterminent, en fin de compte, l’orientation d’une vie. C’est pourquoi l’orientation de notre attention devient l’orientation de notre vie.

Grâce à la pratique habile de Yama, Niyama, Āsana, Prāṇāyāma et de la méditation, un pratiquant mûr apprend progressivement à laisser aux autres la gestion de leur propre vie.

Plutôt que de se préoccuper des actions, des choix et des affaires d’autrui, leur attention se tourne de plus en plus vers leur propre Dharma : le travail qui leur incombe, les responsabilités qui sont les leurs, et les lieux où leur présence est la plus nécessaire.

La pratique nous apprend à orienter notre énergie vers ce qui a du sens, à repérer les situations où l’attention est gaspillée et à réduire les déperditions d’énergie inutiles.

Avec le temps, nous accordons moins d’intérêt au fait de discuter, de comparer et d’interpréter la vie d’autrui ; nous cherchons davantage à nous comprendre nous-mêmes — à appréhender nos conditionnements, nos limites, ainsi que le travail nécessaire pour bâtir une existence en phase avec nos valeurs et nos aspirations.

Le svādhyāya, ce travail constant de compréhension de soi, constitue en soi une démarche qui dure toute une vie.